Mesurer l’impact des programmes de développement des compétences dans des contextes fragiles

Nombreuses zones dans le monde sont marquées par l’instabilité politique, les conflits et les catastrophes naturelles. Le développement des compétences dans ces zones précaires est essentiel pour la résilience et l’autonomisation des populations, notamment des jeunes, des femmes et des personnes déplacées. Formations professionnelles, renforcement des capacités, appui à l’auto-emploi ou à l’entrepreneuriat, les initiatives se multiplient. Cependant, ces programmes ont-ils réellement un impact durable ? Comment s’assurer que les investissements réalisés contribuent effectivement à améliorer les perspectives économiques et sociales des bénéficiaires ? Cet article de blog explore les enjeux et les méthodes pour mesurer l’impact des programmes de développement des compétences dans ces environnements fragiles.

Pourquoi mesurer l’impact des programmes de développement dans les contextes fragiles ?

L’évaluation de l’impact des programmes de développement dans les zones fragiles marqués par des conflits ou des déplacements n’est pas un simple exercice académique. C’est un outil stratégique essentiel pour maximiser l’efficacité des programmes et orienter les ressources vers ce qui fonctionne réellement.

Comprendre l’efficacité réelle des programmes et renforcer la résilience humaine et institutionnelle

Face aux enjeux structurels, il s’avère important de savoir non seulement ce qui est livré (formation, modules techniques et autres) mais aussi le vrai changement (insertion professionnelle, diversification des revenus, autonomie économique). L’évaluation de l’impact des programmes implique une analyse des changements attribuables à l’intervention en comparant les résultats avec un scénario sans programme. Investir dans le capital humain (compétences) dans les contextes fragiles permet aussi de prévenir les crises, soutenir la cohésion sociale et renforcer l’État. C’est un levier stratégique pour briser le cycle de pauvreté.

Alimenter les décisions stratégiques des bailleurs et des décideurs

Les données de l’impact des programmes de développement des compétences permettent aux donateurs et institutions de mieux orienter leur financement vers des programmes inclusifs, efficaces et équitables. Elles montrent à la fois des réussites mesurables et des insuffisances des programmes. Par ailleurs, les évaluations participatives mobilisent les acteurs locaux, les sociétés civiles ou des bénéficiaires. Cela favorise un processus plus fiable et ancré dans la réalité des communautés. Cette approche permet également de renforcer la transparence, l’approbation locale et la légitimité des résultats.

Quels sont les enjeux de la mesure de l’impact des programmes dans les contextes fragiles ?

Mesurer l’impact des programmes de développement dans les zones fragiles présentes des défis uniques. Ils vont bien au-delà de ceux rencontrer dans les contextes stables. Lorsqu’ils ne sont pas anticipés, ces défis peuvent fausser les résultats et donc priver les bénéficiaires de réelles améliorations.

Des données difficiles à collecter et à fiabiliser

Dans les environnements fragiles, l’accès physique aux bénéficiaires est souvent limité par des problèmes d’insécurité, de mobilité ou d’infrastructures défaillantes. Ces zones sont souvent marquées par une forte volatilité (changement de gouvernement, conflits armés, déplacements de population, crises sanitaires ou climatiques). Par ailleurs, les bases de données administratives sont généralement peu fiables ou inexistantes. Cela rend difficile le suivi longitudinal des personnes. En 2020, un rapport de l’OCDE a soulevé la question en précisant que la rareté et la mauvaise qualité des données statistiques sont particulièrement problématiques dans les États fragiles. Cela complique l’évaluation des progrès réels.

Le faible suivi post-intervention et la pression des résultats à court terme

La perte de contact avec les bénéficiaires après le programme constitue un autre défi majeur. Dans les environnements fragiles comme l’Haïti et certains pays de l’Afrique subsaharienne, on note une baisse significative des taux de réponse six mois seulement après un programme de formation. Cela affecte la capacité à mesurer l’évolution réelle des compétences, de l’employabilité et des revenus.

La pression de changements à très court terme peut aussi biaiser l’évaluation des programmes. Elle peut conduire à privilégier les indicateurs faciles à atteindre (ex. : nombre de personnes formées) au détriment des indicateurs plus complexes, mais essentiels comme l’intégration professionnelle ou l’autonomisation économique.

La méconnaissance des réalités locales

Les outils d’évaluation sont parfois conçus par des experts extérieurs avec peu de connaissance des réalités locales. Cela conduit à des cadres logiques inadaptés, à des indicateurs peu pertinents ou à de faux résultats. Il faut noter que l’efficacité des programmes dans les contextes fragiles dépend largement de leur ancrage dans les dynamiques locales. Ces enjeux doivent être pris en considération dès la phase de conception des programmes afin de bâtir des dispositifs de mesure crédibles et inclusifs.

Quelles sont les méthodologies adaptées pour mesurer l’impact des programmes dans des contextes fragiles ?

Dans les zones fragiles, les méthodes choisies doivent être adaptées à la complexité du terrain. Plusieurs approches sont particulièrement pertinentes dans ces cas.

Approche mixte (quantitatif + qualitatif)

La combinaison des données chiffrées et récits permet de contourner les limites de chaque méthode. Les évaluations « mixed methods impact evaluation » intègrent à la fois des approches quantitatives et qualitatives. Cela renforce la fiabilité des résultats et la compréhension des mécanismes de changement. Les experts utilisent des outils comme le Qualitative Impact Protocol (QuIP ou les évaluations réalistes [realist evaluation] pour comprendre les conditions d’efficacité et les processus sous-jacents.

Méthodes expérimentales et quasi expérimentales

Les RCTs [essais contrôlés randomisés] constituent la norme d’excellence pour démontrer l’impact causal des programmes. Toutefois, dans des contextes où leur mise en œuvre est difficile comme les zones fragiles les méthodes quasi expérimentales [telles que le Propensity Score Matching, la méthode des doubles différences ou la régression sur discontinuité] offrent des alternatives rigoureuses. Utilisées de manière complémentaire, ces approches permettent de produire des évaluations fiables, indispensables pour orienter les décisions et ajuster les interventions dans les environnements complexes.

Outils participatifs et adaptatifs

Les méthodes participatives impliquent les bénéficiaires. Cela renforce la pertinence locale et permet de déceler les effets inattendus. Une évaluation adaptative met l’accent sur la révision continue du cadre logique, la collecte et l’analyse en temps réel pour ajuster les résultats.

Mesurer l’impact dans les contextes fragiles, c’est possible et indispensable pour maximiser les résultats. Mesurer l’impact ne consiste pas seulement à documenter les livrables. Cela signifie aussi de comprendre les transformations

durables réellement générées, renforcer la résilience, guider les décisions éclairées et engager les communautés locales. Avec une évaluation adaptée, les programmes de développement des compétences dans les contextes fragiles gagnent en efficacité et crédibilité. Kerus Consulting International vous accompagne pour construire des systèmes de suivi et évaluation performants, capables de transformer vos actions en succès durables.

Références :

  1. Pratiques de suivi et évaluation en contexte de crise sanitaire et sécuritaire : Contraintes, stratégies d’adaptation, opportunités et expériences de terrain
  2. La mesure d’impact peut également fonctionner dans des contextes fragiles
  3. Évaluation d’impact
  4. Modèles de mesure des impacts : Guide des méthodes de mesure des impacts
  5. Apprendre des approches d’évaluation adaptatives dans les contextes de dynamiques de conflits et de crises humanitaires

 

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